Récit du séjour "Coeur de Femmes" dans le Lot: "le corps qui marche peut aider la tête à avancer".

Séjour RANDONNEE dans le LOT du 16 au 20 mai 2016.

 

 

Projet entre les femmes accueillies à Cœur de Femmes et des personnes suivies par l’équipe de la maraude ouest (2 services de l’association AURORE). Accompagnement par 2 membres respectifs des équipes.

Nous sommes partis le lundi 16 mai avec un véhicule 9 places de bonne heure. Un pique-nique nous a permis de découvrir un village étape sur la route. 

Notre arrivée au gite « Le Relais Saint Jacques » s’est faite vers 17h, le temps de s’installer dans notre dortoir mezzanine et de faire un tour du hameau pour se mettre en jambe avant de diner ensemble avec les pèlerins également présents, de passage sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle. 

Mardi 17 mai, après une nuit rythmée par les ronflements et les insomnies des uns et des autres, nous sommes partis après un petit-déjeuner complet en route vers Rocamadour. Une randonnée en boucle de 13 km nous a permis de réveiller les corps endoloris et de tester le matériel acheté à Décathlon ! cela au rythme d’anecdotes, de partage de douleurs diverses et variées. Le pique-nique préparé le matin par les personnes du gîte nous a fait faire une pause sur un terrain généreusement offert par une famille tenant un gîte également. 

« Comme c’est beau ! », « Que c’est vert ! » « Et les gens, ici, ils disent bonjour à tout le monde »

La randonnée se termine par la visite de ce village magnifique qu’est Rocamadour, construit dans la roche et sur les hauteurs. Les différentes chapelles, les petites ruelles. Un pot de partage pour célébrer cette première journée nous a tous réunis à la terrasse d’un café surplombant la vallée.

Une journée rondement menée et un dîner savamment cuisiné au gite avec de nouveaux pèlerins. La soirée s’achève rapidement, tout le monde est bien fatigué.

Mercredi 18 mai, quelques tiraillements dans les jambes se font sentir pour les unes, la nuit s’est mieux déroulée pour d’autres.

Ce matin, nous partons pour Saint Cirq Lapopie ; là aussi, nous effectuerons une boucle d’environ 12 km. Ça monte et ça descend et aujourd’hui, il fait particulièrement chaud. Le ciel est bleu et donne l’occasion de couleurs magnifiques. On longe le LOT, sur un chemin de halage.

« Mais je veux habiter ici, regarde Françoise, comme elle est belle cette maison ! on serait tranquille ici, bon peut-être un peu trop, il faudra venir nous voir ».

Pour W. aujourd’hui c’est dur mais elle prend son temps et veut absolument faire le même chemin que les autres. Elle s’arrête, elle respire et elle reprend. D’autres l’attendent, l’encouragent, on lui trouve un bâton sur lequel pouvoir s’appuyer et lui donner de l’entrain.

Saint Cirq Lapopie, visite du village mais sans E. avec qui une des anims reste car elle a reçu une mauvaise nouvelle par téléphone. Ca grimpe de nouveau et la vue est splendide.

On reprend la route du retour vers le gîte ; on dîne. Ce soir l’humeur est joyeuse. Tout le monde a maintenant pris ses marques.

Jeudi 19 mai, la pluie s’est invitée, petite pluie fine mais ce qui donne l’occasion de sortir les impers et de voir que même sous la pluie, la nature est belle. Bon ça glisse, tous les appuis ne sont pas solides mais là aussi, on s’aide, on se soude, on s’attend.

Ce matin, la balade est plus courte car on a prévu dans l’après-midi de descendre dans le gouffre de Padirac. Une belle descente dans la forêt nous permet d’arriver à un petit village encaissé. Nous passons une cascade immense. Les portables flashent et les appareils photos se donnent à cœur joie d’immortaliser ce moment ; d’autant que la descente fût un peu glissante.

Après un pique-nique sur une aire dédiée à cet effet dans un village, nous prenons la route de Padirac. C’est la cerise sur le gâteau, plus de marche, les jambes sont bien fatiguées mais les esprits contents d’y être arrivés. La récompense c’est ce trou immense naturel que la terre a laissé. Les yeux sont immenses et les cœurs ravies de cette balade en barque sur une eau limpide entre des stalagtites et stalagmites incroyables. 

Nous prenons un pot et écrivons les cartes postales pour partager, remercier. La fin est proche mais les sourires sont présents, les esprits plus apaisés.

Dernier dîner au gite, on prépare les bagages. Le départ est prévu à 9h.

Vendredi 20 mai, timing parfait, nous prenons la route à 9h01. Nous avons prévu de nous arrêter à mi-chemin et de manger au restaurant. 

« C’est chouette de se faire servir »

Nous en profitons pour visiter un petit village dans le sud de l’Indre.

L’arrivée sur Paris est dense, beaucoup de voitures, beaucoup de bruits. La route est plutôt silencieuse.

Tout le monde se fait la bise en se quittant, se promet de se réinviter. Plein de merci, les yeux qui pétillent.

Quelques jours plus tard, voilà un séjour qui a fait du bien et qui a permis aussi de mesurer que le corps qui marche peut aider la tête à avancer. 

 

Angélique Bérenger et l'équipe Coeur de Femmes

 

Séjours dans des familles d'agriculteurs avec le CIVAM

S’évader

pour trouver un 

second souffle


 

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Depuis 2008, la Fédération nationale des Civam organise des séjours de rupture en milieu rural et agricole, en partenariat avec l’association Aurore. L’année dernière, deux groupes de femmes ont été accueillis dans le Lot et en Dordogne L’excitation est palpable, ce lundi soir à la Maison Coeur de femmes. On boucle les valises, on compte les robes et les paires de chaussures. On se répète l’heure exacte du départ – « 9 h 42 à la gare d’Austerlitz ! » Les rires emplissent les chambres de ce centre d’hébergement du 13e arrondissement de Paris où résident vingt cinq femmes en situation de grande précarité. Demain, une fois n’est pas coutume, quatre d’entre elles partent en vacances. Chez une inconnue, en Dordogne.
Michelle, Marie-Chantal, Yangzom et Françoise vont bénéficier d’un dispositif d’inclusion mis en place depuis 2008 par la Fédération nationale des Civam (Centre d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural), en partenariat avec l’association Aurore et ses centres d’hébergement parisiens. L’objectif : organiser des séjours de rupture en milieu agricole, d’une durée moyenne de dix jours. Pour l’heure, une centaine de personnes, dont environ 20 % de femmes, ont été accueillies par des agriculteurs installés dans toute la France. Ces derniers ne sont pas rémunérés mais défrayés par le Civam (avec le soutien de fondations privées), à hauteur de 50 euros par jour et par personne. Aurore s’occupe de faire le lien entre accueillants et bénéficiaires et prend en charge les billets de train.

« Ça les rassure de partir à
plusieurs, certaines ne seraient
pas parties sans le groupe. »

Si la Fédération des Civam souhaite que davantage de femmes profitent de ces séjours, celles-ci sont plus réticentes à partir. La très grande majorité des femmes visées par le dispositif a subi des violences, au sein du couple ou de la part d’inconnus. Elle redoutent bien souvent de se retrouver seule avec un homme et préfèrent séjourner chez une agricultrice. Le départ en groupe présente d’autres avantages. Aller vers l’inconnu demande beaucoup d’énergie et peut s’avérer compliqué pour ces femmes fragiles. « Ça les rassure de partir à plusieurs,observe Angélique Bérengé, chef de service de la Maison Coeur de femmes. Certaines ne seraient pas parties sans le groupe. Ne partent seules que celles qui ont déjà une certaine autonomie.  » Chargée de l’organisation du séjour, en lien avec l’accueillante et le Civam, Angélique a dû sélectionner des « personnes un peu stables et qui pouvaient s’entendre entre elles  ». 

Cellule familiale

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  • Le séjour de rupture permet aux femmes de (re)découvrir la vie à la campagne et le milieu agricole


En Dordogne, les quatre femmes sont accueillies par Nanou, 61 ans. Propriétaire d’un gîte dans la région du Quercy, cette dynamique cadre infirmière à la retraite proposait déjà de l’accueil paysan. Depuis longtemps, elle voulait se lancer dans l’accueil social. Trois ans auparavant, elle rencontre Anne, une ancienne salariée d’Aurore qui partage son projet. « Ça a tout débloqué. On a tout de suite accroché et décidé d’avancer ensemble, avec la même démarche.  » Accueillir quatre inconnues en même temps demande un peu de préparation et beaucoup d’énergie. Anne et Nanou peuvent compter l’une sur l’autre en cas de problème. Au début de l’été, Anne avait accueilli un groupe de femmes dans sa vaste maison de famille. Au tour de Nanou, cette fois, de se lancer dans l’aventure. Elle a beaucoup réfléchi au programme du séjour, « sans trop prévoir non plus pour leur laisser le temps de se reposer et de profiter ». Un peu stressée à l’idée de recevoir des inconnues, elle a surtout voulu « créer un lieu où on se sent bien ». « J’ai une petite appréhension… Je pense à des trucs bêtes. J’aime beaucoup cuisiner par exemple, mais il leur faut des épices. Au gîte, j’essaie de créer une atmosphère chaleureuse, avec des bouquins, des revues, des CD… Une copine m’a donné des pelotes de laine pour faire du crochet : je vais les mettre dans un panier, on verra bien si l’une d’elles accroche. »
Elle qui connaît bien le travail social a tout de suite compris l’enjeu du séjour pour ces invitées : « Pour des gens qui ont été arrachées, qui en ont bavé, c’est drôlement important cette rencontre. »
Les animatrices de la Maison Cœur de femmes ont aidé les bénéficiaires du séjour à remplir des fiches de liaison à destination de l’accueillante. Car de ces femmes, Nanou ne connaît guère que le nom, l’âge et le pays d’origine. « Mais je n’ai pas envie de connaître leur histoire, si elles n’ont pas envie d’en parler », précise-t-elle. Elle ajoute : « J’ai envie d’être un regard neuf pour elles. »
Malgré le froid de ce mois de novembre, les Parisiennes sont ravies de leurs vacances. Très vite, elles se sont senties à l’aise au gîte Saint-Pierre, cette belle et grande bâtisse en pierres nichée dans le hameau de Moncalou, à quelques encablures de Sarlat et sa vallée de la Dordogne. Les journées s’écoulent doucement, entre promenades dans les bois, cueillettes des champignons et courses au marché bio. Les femmes découvrent les paysages et les saveurs du Périgord noir. Elles apprivoisent une France qu’elles ne connaissaient pas, loin de la capitale bruyante, surpeuplée et polluée. Ici, on cultive ses légumes dans son jardin, on respire un peu de nature, on goûte le silence. Un jour, elles visitent le château des Milandes, résidence mythique de la chanteuse Joséphine Baker qui, dans les années cinquante-60, accueillait ici une douzaine d’enfants adoptés. Le lendemain, elles dégustent des tartes aux noix chez une amie de Nanou, ou goûtent des piments du monde entier, cultivés sous serre par Romaine et Bob, un couple de maraîchers en retraite. Le matin, après la grasse matinée, on se rassemble dans la cuisine accueillante et on papote autour d’un café. Le soir, on se blottit dans les canapés pour regarder un film. 
 

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  • Anne (G), ancienne salariée de l’association Aurore et amie de Nanou, montre son potager à Michelle, Françoise, Yangzom et Marie-Chantal (GàD)


Reprendre confiance 

« Elles ont aimé le côté familial de la maison », résume Angélique quelques semaines plus tard. Ces quatre femmes blessées aux parcours difficiles ont pu, le temps des vacances, retrouver la chaleur et la sécurité d’une cellule familiale perdue. À quelques jours du départ, Hélène Boury, animatrice au Civam du Tarn-et-Garonne, rend visite aux cinq femmes pour faire un point sur le séjour. Le bilan, bien sûr, est très positif. « On m’a proposé ce cadeau et j’ai tout de suite accepté, raconte de sa voix douce la discrète Marie-Chantal, 48 ans. Ça m’a rappelé beaucoup de souvenirs avec l’une de mes tantes. Depuis une semaine, je souffle un peu parce que c’est la campagne, c’est une autre façon de vivre. On est entouré de nature… Ça fait du bien de se promener, de mettre les mains dans la terre pour ramasser des châtaignes. » Elle poursuit : « Depuis très longtemps, j’ai un certain dégoût pour la cuisine. Ici, j’ai apprécié de découvrir les spécialités. Et quand je vois Nanou cuisiner, je me dis que ça ne doit pas être si compliqué. J’ai envie de retrouver le goût et la joie de faire plein de choses. »

« Ce genre d’expérience 
les décale dans leur quotidien 
et contribue beaucoup 
à redonner confiance en soi. »

« Nanou nous a accueillies avec chaleur et amour, renchérit Michelle, charismatique Camerounaise de 41 ans.On s’entend comme si on se connaissait depuis cent ans. Son accueil a fait sauté mes défenses. Je me sens en paix, relax. Je lui ai tout dit : mes maladies, ma famille, pourquoi j’ai fui mon pays. Elle nous a amenées chez ses copines, qui sont comme elles, gentilles et accueillantes. Vraiment, nous sommes heureuses.  »
 

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  • Angélique Bérengé, chef de service de la Maison Coeur de femmes, a fait le lien entre le Civam et les quatre femmes bénéficiaires du séjour

Pour Angélique Bérengé, le bénéfice de ces séjours de rupture est difficile à évaluer mais bien réel. Car il ne s’agit pas de régler un problème spécifique mais d’atteindre un « état de bien-être ». Elle développe : « C’est quelque chose de beaucoup plus fondamental et beaucoup moins visible. Ce genre d’expérience les décale dans leur quotidien et contribue beaucoup à redonner confiance en soi. Comme pour tout départ en vacances, ça fait simplement du bien, ça redonne du positif. » Quand les problèmes du quotidien entament la confiance en l’avenir, le séjour de rupture permet de renouer avec l’espoir. De reprendre confiance en l’humain, aussi : « Que quelqu’un donne de son temps pour elles, sans rémunération, c’est très important  », souligne Angélique Bérengé Le partenariat avec le réseau Civam permet également de « sortir de l’institution ». « Elles sont très redevables vis-à-vis de nous. On représente la survie. Ça leur permet de sortir de cette dualité entre elles et l’association Aurore. »
Ce bien-être et cette confiance renouvelée constituent la clé du travail effectué au quotidien par les salariés de l’association Aurore, qui visent un objectif de réinsertion. « Sans cette base, elles vont se casser la gueule. C’est essentiel pour mettre tout le reste en place  », conclut la chef de service. 
Partir en groupe permet également aux femmes de créer entre elles une véritable cohésion. « On vous sent très proches les unes des autres… », remarque Hélène Boury, du Civam. Nanou renchérit : « Oui, elles s’épaulent, se soutiennent, elles se comprennent en un coup d’oeil.  » Les langues se sont déliées pendant le séjour, chacune en sait un peu plus sur les autres. Avoir davantage d’intimité pour soi – puisqu’à Paris, elles partagent une chambre à cinq ou six – les pousse finalement à se montrer plus attentives envers leurs consoeurs. D’autant qu’elles bénéficient d’une attention toute particulière de la part de Nanou, que les salariés de la Maison Coeur de femmes ne sont pas en mesure de leur offrir. 

Une nouvelle énergie 

Comme dans nombre de familles françaises, les repas et la cuisine sont un important vecteur de cohésion au gîte Saint-Pierre. Telle une mère et sa fille, Nanou apprend à Yangzom, Tibétaine en exil âgée d’à peine 20 ans, comment préparer sa purée gratinée au fromage. Un joli moment, à la fois banal et intime, pour ces femmes qui ne se connaissaient pas encore une semaine auparavant. L’ancienne infirmière avait également pris l’initiative d’inscrire sa petite équipe à un concours de soupe de citrouille organisé par une association de jardins partagés. Un moment fort du séjour : la recette choisie par Nanou – une soupe de citrouille aux piments et graines de courge – a remporté la compétition haut la main. Hilares et folles de joie, les femmes sont ressorties plus soudées encore de cette heureuse expérience. 

Le jour du départ, l’émotion est palpable. Sur le quai de la gare, quelques larmes coulent sur les visages graves. Nanou prend chacune des femmes dans ses bras, leur murmure des mots doux, un au revoir réconfortant.
Dans le train, les quatre amies restent silencieuses, les yeux fixés sur le paysage qui défile. « Nanou était comme une maman pour nous, lâche Michelle. Et nous étions comme quatre soeurs, avec chacune son rôle.  » Elle poursuit : « Elle nous écoute, sans jamais douter de ce qu’on lui dit. Elle ne nous juge pas, elle nous accepte comme nous sommes. C’est rare. »
Difficile encore de mettre des mots sur les changements, infimes encore mais bien réels, qui s’opèrent en elles. Certaines ont découvert une France différente et parviendront peut-être à mieux s’intégrer. L’une a pris confiance en elle pour s’affirmer davantage au quotidien. Toutes ont profité de cette respiration pour se ressourcer, recharger les batteries. 
De retour à Paris, leur énergie positive et la cohésion créée entre elles rejaillissent sur l’ensemble de la Maison Cœur de femmes. Le récit de leur expérience fait naître chez d’autres l’envie d’en profiter aussi.
En Dordogne également, l’idée a fait des petits : des amis d’Anne et Nanou envisagent d’accueillir à leur tour. Quant aux deux copines, confortées dans leur projet, elles préparent déjà les prochains séjours. Avec l’envie de recevoir des femmes avec enfants, pour travailler sur le lien maternel. 

Anne Royer 
 

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